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Max et Lili, les deux font la paire
par Nathalie Dresse - 09/02/2005

Dominique de Saint-Mars
©Natalecta.com

Max et Lili, les deux font la paire. On ne présente plus ces personnages nés sous le crayon de Serge Bloch et la plume de Dominique de Saint-Mars. Une série à succès. Faut-il s'en méfier ?

L'auteur, invitée au CDDP d'Ille et Vilaine à Rennes dans le cadre de la saison Les P'tits bouquineurs 2005, a évoqué l'idée de départ mais aussi les échos suscités par la série. Une bonne occasion d'en savoir plus et de faire le point.

La meilleure amie d'enfance de l'auteur, Dominique de Saint Mars s'appelait Elisabeth. Ainsi fut baptisée Lili. Pour Max, Serge Bloch décréta qu'il fallait faire simple : il proposa Max, déjà fréquemment utilisé en jeunesse.

L'allusion - non avouée - à un des plus incontournables albums de littérature de jeunesse ne doit sans doute rien au hasard : les auteurs caressaient-ils le doux rêve de voir leur progéniture grandir au point d'atteindre la renommée de Max et des Maximonstres ?

On est pourtant loin du rêve monstrueusement magique créé par Maurice Sendak. Place à l'hyperréalisme en puissance. Ici pas de rêve, ni d'êtres hors du commun. Sur l'échelle des super-héros, Max et Lili occupent le bas du tableau d'un univers banalement quotidien.

L'aspect éducatif, le choix des thématiques abordées soulève bien des interrogations. Le malaise dubitatif de certains lecteurs adultes vient-il du fait que paradoxalement la série joue sur deux fronts ? Alliant un univers familial rassurant - avec des parents unis qui écoutent leurs loupiots - à des situations cruelles voire dangereuses, proches du monde que superman doit affronter ? D'autant plus que la fin en général connaît un dénouement heureux.

"C'est difficile de savoir ce qu'il y a dans la tête des enfants,
disent certains parents"

Un problème, un album
Pourtant les enfants en redemandent. Les jeunes lecteurs s'imprègnent des péripéties quotidiennes d'enfants qui vivent dans le même monde qu'eux : refus, danger, agressions, adversité. Pas de formules incompréhensibles, les mots, les explications, les dialogues étudiés et courts sonnent vrais et vont droits au but.

" Le taux de rotation des livres en bibliothèque dépasse la norme ", souligne Katell Savidan-Breton, responsable du pôle littérature jeunesse du CDDP. Destiné à un public à partir de 7 ans, l'âge où ils savent lire seul, où ils réfléchissent, les enfants dévorent plusieurs volumes d'affilée. La forme, proche de la BD avec les dialogues placés dans des bulles, facilite la lecture et n'est sans doute pas étrangère au succès.

Mais qu'est ce que les lecteurs vont chercher dans ces récits qui traitent des sujets graves? Leur histoire ? Certains psychologues affirment qu'ils disposent ces livres dans leur salle d'attente et que les enfants entrent dans le cabinet avec "leur problème" à la main.

Des questions placées en fin de volume ouvrent le dialogue. Et les parents avouent y trouver un support pour parler de sujets qu'ils ne savent par quel bout prendre. Une bouée de secours qui tombe à pique en quelque sorte !

Thérapie express ? Livre médicament ? L'expression ne déplait pas à l'auteur qui ajoute ironiquement qu'ils devraient être remboursés par la Sécu. Au Canada, ses livres sont vendus en pharmacie ! Pourvu que chaque enfant trouve une oreille attentive à la parole suscitée.

Pour l'auteur, il ne s'agit pas de stigmatiser non plus. Attention d'éviter de forcer l'enfant à lire ce qu'il n'a pas envie de lire. A l'adulte aussi de proposer d'autres albums qui ne mettent pas forcément le doigt où cela fait mal ! On en revient à l'autre Max.

Lili, petite sœur d'Aggripine de Claire Brétécher ?
(un intervenant dans l'assistance)

Dominique de Saint-Mars

Le départ

Le premier tome, d'abord proposé à Bayard et refusé, sort en 1992 aux éditions Calligram. Cette toute jeune maison fondée par Pascale et Christian Gallimard en Suisse accepte d'afficher des phrases négatives dans les titres : Max n'aime pas lire.

 

C'est avec Lili est suivie que la série prend son véritable envol médiatique. A l'heure de l'affaire Dutroux en 1997, c'est le seul album jeunesse qui aborde la question des sévices sexuels. Un article dans le journal Libération et le bouche à oreilles fait la suite. Des témoignages rapportent que des enfants se sont confiés après la lecture de l'album.

" L'idée de départ de la série est bien de prévenir les problèmes, de s'occuper de la santé mentale des gens, surtout à l'époque où l'on vit. " " Pour trouver les scénarios, je passe par mon expérience ou par celle que les enfants me racontent.

" En classe, un enfant m'a demandé si je pouvais écrire un livre sur le pipi au lit parce que cela allait bientôt être son anniversaire."

Le but n'est pas de créer des albums psychologiques mais des livres qui jouent le rôle qu'ont pu jouer Les Histoires de l'Oncle Paul pour l'auteur dans son enfance. " Mes livres utilisent les mêmes ressorts que la résilience, ce concept particulièrement dans l'air du temps : analyse de la situation, prise de conscience, aide d'une personne ressource… Sans doute parce que j'ai été moi-même en résilience, mes parents étant divorcés. Je ne voyais pas beaucoup mon père. Et le héros jouait ce rôle de figure paternelle. "

Un duo à distance
La collaboration avec Serge Bloch se réalise à distance. Les deux complices se connaissent si bien qu'ils s'accordent une confiance quasi totale. La phase d'écriture est la plus longue : deux mois environ pour un album. Le temps d'écrire les dialogues, de trouver les mots justes. L'auteur décrit minutieusement le découpage des scènes, le décor, les attitudes et expressions des personnages.

Serge Bloch dessine la trame au crayonné très rapidement - en quatre jours environ : cette rapidité lui permet des traits légers et humoristiques. Un échange, quelques propositions entre les deux auteurs, vient le passage au trait noir puis une coloriste prend le relais. La couverture vient pour terminer. Le tour est joué.

- Je suis déçu parce que tu as triché.
- Mais papa, justement j'ai triché
pour que tu ne sois pas déçu. (Max a triché)."

70 albums sont déjà parus et la série devrait aller jusqu'à 104 opus. De quoi constituer deux séries de 52 épisodes pour un projet de dessins animés programmés par M6.

Pour constituer un tout, des thèmes restent encore non abordés : la religion, la mort d'un enfant, les parents absents… Le temps presse et la commande veut que des sujets plus ou moins graves soient suivis de thèmes plus légers. A venir : l'alcoolisme et Max délégué de Classe. " Ce qui va revaloriser Max, souvent en proie à des problèmes alors que Lili est plus star ! " C'est sûr, Max et Lili n'ont pas fini de nous parler et on n'a pas fini de parler d'eux !

 



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