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La romancière Frédérique
Niobey vit à Fougères. Après Loeiza, un
premier roman remarqué, elle publie un deuxième opus
aux éditions du Rouergue : En roue libre. Elle y raconte
la vie d'une adolescente - Manu - au bord de la crise de nerf. Depuis
qu'un accident a contraint sa mère de se déplacer en
fauteuil roulant, plus rien n'est comme avant. Histoire d'une relation
tendue.
La première scène du livre En
roue libre commence par un trajet en mobylette. On s'y croirait.
Tout un symbole ?
Quand j'ai commencé à écrire ce livre, j'ai eu
l'idée de cette scène à mobylette. Je n'en ai
pourtant jamais eu moi-même. Il n'y a rien de vécu dans
cette équipée. D'ailleurs, tout le livre est complètement
imaginé. Symboliquement, la mobylette permet à Manu
de s'échapper de chez elle. Depuis l'accident de sa mère,
elle est bien obligée de se conduire toute seule.
Se mesurer à
sa mère, c'était ça grandir
Vous écrivez : " Se mesurer à sa mère,
c'était ça grandir. "
Manu est pleine de vie face au corps diminué de sa mère.
Quelque chose est mesurable. Un jour, on devient plus grand que sa
mère. Normalement, les câlins se raréfient peu
à peu. Avec l'accident, cette mesure se voit faussée.
L'adolescente doit grandir autrement, pour dépasser cette donnée.
Elle est obligée de grandir sans passer par les étapes
habituelles. La coupure est nette.
Manu butte sur le mot " Avant "
Oui, elle bute toujours sur ce mot. Elle ne butera peut être
plus un jour. Il reste quelque chose d'incompréhensible pour
elle : tout a basculé du jour au lendemain. Elle doit trouver
un nouvel équilibre relationnel avec sa mère. Et un
équilibre personnel aussi.
Vous évoquez Bjork et la littérature à travers
Fred Vargas, Thierry Jonquet ainsi que l'émission radio de
Daniel Mermet (France Inter)
une façon de d'inciter le
lecteur à les découvrir ?
C'est d'abord pour inscrire le récit dans la réalité.
La musique est importante dans l'univers des ado d'aujourd'hui. Je
ne suis pas certaine que les ado écoutent Bjork. Par contre,
le film Dancer in the dark peut déclencher un choc et
conduire à écouter la chanteuse. Pour les romans, je
lis beaucoup de polars et j'ai cité des auteurs que j'aime.
La mère de Manu écoute l'émission de Daniel
Mermet principalement à cause du créneau horaire (17h00).
Lorsque Manu rentre du collège, elle trouve sa mère
en train d'écouter la radio. Les thèmes abordés
dans cette émission sont souvent difficiles et pas franchement
attirants pour une ado. Puis la voix posée de l'animateur pourrait
être énervante pour cet âge-là.. Ce sont
des éléments de la réalité. Tant qu'à
témoigner de la vie, autant rendre compte du monde qui nous
entoure.
Pourquoi abordez-vous le thème du handicap ? Comment l'idée
vous est-elle venue ?
Ce n'est pas tant le thème du handicap que j'ai traité
qu'une relation mère-fille. Ce qui m'intéresse surtout,
c'est de voir comment une situation crispée, une relation difficile
entre une adolescente et sa mère peut se dénouer.
C'est vrai qu'elle
est handicapée ta mère ?
Les phrases sont courtes et le ton souvent très juste.
Est-ce que vous prenez des enregistrements pour parler " jeune
" ou la télé suffit ?
Je côtoie des adolescents lors d'ateliers d'écriture
notamment et j'ai l'habitude de les entendre. J'anime aussi une troupe
de théâtre amateur, A. Falgard. Mon précédent
personnage, Nadja, était la somme de toutes les ado que je
connaissais. En prenant le point de vue de l'ado, j'essaie d'être
au plus juste autant dans le rythme que dans le ton.
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