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Manu tension
Plongée au centre d'une relation mère fille avec Frédérique Niobey

propos recueillis par Nathalie Dresse - 09/11/2004
En roue libre
©Natalecta.com

La romancière Frédérique Niobey vit à Fougères. Après Loeiza, un premier roman remarqué, elle publie un deuxième opus aux éditions du Rouergue : En roue libre. Elle y raconte la vie d'une adolescente - Manu - au bord de la crise de nerf. Depuis qu'un accident a contraint sa mère de se déplacer en fauteuil roulant, plus rien n'est comme avant. Histoire d'une relation tendue.

La première scène du livre En roue libre commence par un trajet en mobylette. On s'y croirait. Tout un symbole ?
Quand j'ai commencé à écrire ce livre, j'ai eu l'idée de cette scène à mobylette. Je n'en ai pourtant jamais eu moi-même. Il n'y a rien de vécu dans cette équipée. D'ailleurs, tout le livre est complètement imaginé. Symboliquement, la mobylette permet à Manu de s'échapper de chez elle. Depuis l'accident de sa mère, elle est bien obligée de se conduire toute seule.

Se mesurer à sa mère, c'était ça grandir

Vous écrivez : " Se mesurer à sa mère, c'était ça grandir. "
Manu est pleine de vie face au corps diminué de sa mère. Quelque chose est mesurable. Un jour, on devient plus grand que sa mère. Normalement, les câlins se raréfient peu à peu. Avec l'accident, cette mesure se voit faussée. L'adolescente doit grandir autrement, pour dépasser cette donnée. Elle est obligée de grandir sans passer par les étapes habituelles. La coupure est nette.

Manu butte sur le mot " Avant "…
Oui, elle bute toujours sur ce mot. Elle ne butera peut être plus un jour. Il reste quelque chose d'incompréhensible pour elle : tout a basculé du jour au lendemain. Elle doit trouver un nouvel équilibre relationnel avec sa mère. Et un équilibre personnel aussi.

Vous évoquez Bjork et la littérature à travers Fred Vargas, Thierry Jonquet ainsi que l'émission radio de Daniel Mermet (France Inter)… une façon de d'inciter le lecteur à les découvrir ?
C'est d'abord pour inscrire le récit dans la réalité. La musique est importante dans l'univers des ado d'aujourd'hui. Je ne suis pas certaine que les ado écoutent Bjork. Par contre, le film Dancer in the dark peut déclencher un choc et conduire à écouter la chanteuse. Pour les romans, je lis beaucoup de polars et j'ai cité des auteurs que j'aime.

La mère de Manu écoute l'émission de Daniel Mermet principalement à cause du créneau horaire (17h00). Lorsque Manu rentre du collège, elle trouve sa mère en train d'écouter la radio. Les thèmes abordés dans cette émission sont souvent difficiles et pas franchement attirants pour une ado. Puis la voix posée de l'animateur pourrait être énervante pour cet âge-là.. Ce sont des éléments de la réalité. Tant qu'à témoigner de la vie, autant rendre compte du monde qui nous entoure.

Pourquoi abordez-vous le thème du handicap ? Comment l'idée vous est-elle venue ?
Ce n'est pas tant le thème du handicap que j'ai traité qu'une relation mère-fille. Ce qui m'intéresse surtout, c'est de voir comment une situation crispée, une relation difficile entre une adolescente et sa mère peut se dénouer.

C'est vrai qu'elle est handicapée ta mère ?

Les phrases sont courtes et le ton souvent très juste. Est-ce que vous prenez des enregistrements pour parler " jeune " ou la télé suffit ?
Je côtoie des adolescents lors d'ateliers d'écriture notamment et j'ai l'habitude de les entendre. J'anime aussi une troupe de théâtre amateur, A. Falgard. Mon précédent personnage, Nadja, était la somme de toutes les ado que je connaissais. En prenant le point de vue de l'ado, j'essaie d'être au plus juste autant dans le rythme que dans le ton.

Comment vous êtes vous mise dans la peau d'une ado et d'une mère handicapée ?
Mon objectif était de me placer du point de vue de la fille et non pas celui de la mère. Ce que ressent la mère est perçu indirectement à travers les observations de Manu.

Avant de commencer à rédiger le livre, je prends des notes et je repère des phrases clés. Comme par exemple cette question posée tout de go lors d'une soirée, par une copine de Manu : " C'est vrai qu'elle est handicapée ta mère ? ". Manu est à mille lieux de vouloir l'entendre. J'essaye d'imaginer comment l'adolescente peut réagir à une telle interrogation. C'est en écrivant que l'histoire se construit.

En général, je procède par scènes et puis à un moment, quand je fais le point, un plan se dégage. L'histoire évolue. Pour la scène où elle doit laver sa mère par exemple, je savais que serait un moment difficile pour Manu, mais je n'avais pas imaginé a priori que cette action mènerait à une rupture. Or la fugue crée un déclic : la mère s'aperçoit qu'elle a une fille et qu'elle est mère. Le passage prend forme peu à peu et quand les liens sont renoués, l'histoire prend fin.

En roue libre, Frédérique Niobey, Rouergue, 2004


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