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T'as
le look Tana !
par Nathalie Dresse
- le 26/04/2001
Article publié
sur auteurs.net

© Natalecta.com
En France, Tana Hoban, photographe et auteur de
plus d’une cinquantaine de livres pour enfants, appartient encore à une
sphère intimiste. « Plus pour longtemps ! » dixit Les Trois Ourses (l’association
des bibliothécaires qui défend certains artistes jeunesse). En effet,
après une halte italienne sur les traces d’Enzo Mari, Les Trois Ourses
ont conçu une exposition de photographies de Tana Hoban. Inaugurée à la
Foire du livre de Bologne, elle est actuellement en place à la bibliothèque
de la Joie par les livres à Clamart avant d’entamer un tour des bibliothèques
jeunesses. Un lieu où petits et grands jubilent !
L’exposition propose de soulever un pan de l’œuvre
globale. Une œuvre unique où seule la photographie apparaît, sans effets
spéciaux, sans trucages, simplement issue de l’acuité visuelle de la photographe.
Les photographies présentées ont été minutieusement sélectionnées à travers
l’œuvre complète. Pas de thématique précise donc, afin que chacun puisse
trouver la sienne. Pas d’introduction, pas d’indication sous les photos,
pas de texte, comme dans ses ouvrages. Les images parlent d’elles-mêmes
note Sophie Curtil. Très vite, on s’aperçoit que les prises de vue exposées
invitent à partager. Construire. Simplement et directement.
Look
Look Look,
titre d’un livre,
est aussi la devise de Tana Hoban
Les photos sont ainsi autant de tremplins vers les
livres qui ne demandent d’ailleurs qu’à être feuilletés sur place. Chaque
titre propose une ligne de force, un prisme spécifique et simple sur la
réalité qui nous entoure. Et il suffit d’en citer quelques-uns pour dérouler
le fil de Tana Hoban : Des couleurs et des choses, Ombres et reflets,
Noir sur blanc, Regarde bien… C’est d’ailleurs par-là que tout commence
: Tana Hoban décide d’un titre et puis se promène au gré des lieux et
des rencontres, avec son appareil photo. Les espaces sont visités et revisités,
redécouverts à chaque fois sous un angle différent.
Dans la pièce, les photographies sont suspendues
sur des structures en fer rouge, vert, jaune, bleu. Enfantin, comme ces
« cages à poules » sur les terrains de jeux. On pense immédiatement à
l’univers de la photographe, à l’album Des couleurs et des choses dont
on retrouve l’ambiance colorée et le découpage géométrique. Enfantin,
mais aussi déconcertant. Car si l’entrée de l’exposition est claire -
une première photo représente une flèche qu’il suffit de suivre - la suite
se corse. L’œil a tendance à embrasser l’espace pour tout voir… donc ne
rien voir. Et déjà, à ce stade, on touche à l’essentiel : ouvrir les yeux,
regarder autrement. Look Look Look, titre d’un livre, est aussi
la devise de Tana Hoban.
Un premier module montre un plan rapproché sur des
mains auquel répond en échos un focus sur des pieds. Après une transition
en douceur vers des visages, apparaît un enfant qui rit aux éclats, un
autre qui cache ses yeux sous son chapeau. On est dans un territoire limité,
des éléments simples et évocateurs de la vie de tous les jours. « Simple
» c’est d’ailleurs un leitmotiv de la photographe : « Sans doute jamais
personne n’a réussi à m’imiter parce que tout le monde essaie de faire
compliqué ».
«
Sans doute jamais personne 
n’a réussi à m’imiter parce que
tout le monde essaie de faire compliqué »
Une autre structure en forme de tourniquet offre
au regard des cailloux lourds, entassés ; des épis de blé, légers flottements
sur panneaux transparents… Sensation et sensualité dans les photos, rien
ne bouge et pourtant rien n’est inerte. Importance de la matière. Photo
d’une serpillière, vous savez ces « trucs » qu’on regarde à peine, parfois
avec dédain, qui servent à détourner l’eau des rigoles à Paris, Tana en
a fait une exposition… Le jeu des associations est là. Dans toute sa splendeur.
On s’amuse, ça saute aux yeux, chacun y trouve son chemin. Généralement,
la photo s’intériorise mais là elle explose, trouve des réponses dans
ses voisines, proches ou lointaines d’ailleurs, parce qu’il n’y a pas
une association mais plusieurs.
Aux lignes obliques d’un mur répondent celles de
la route. En face, l’horizontalité des troncs et leur circonvolution,
on poursuit par la forme losange d’un panneau routier et puis c’est un
cube en volume qui prend son envol. Voir les choses qui nous entourent,
celles qu’on ne voit plus, chercher les formes dans les formes. L’analyse
géométrique est une des lectures proposées. L’exposition est une véritable
construction d’un espace à appréhender. A l’instar des albums, à la fois
basés sur la rupture, un des fondements du langage photographique, et
sur la mise en relation des images. On se surprend à « trouver un ordre
dans un certain désordre » comme le souligne Michel Defourny, spécialiste
de littérature de jeunesse.
A travers sa conception même, l’exposition nous
invite à pénétrer au cœur de l’œuvre de Tana Hoban. Elle relaie le message
des livres, en dévoilant une parcelle d’un travail permanent d’attention
au réel, au quotidien, à ce qui se déroule sous nos yeux. Si une véritable
respiration photographique traverse les livres de Tana Hoban, l’exposition
est comme une bulle de savon propulsée par le souffle d’un enfant sorti
tout droit d’une photographie affichée...
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