Il ramasse des plumes, des coquillages,
des brindilles, des écorces En magicien des objets, il transforme
tout ce qu'il touche. Un galet devient un il; des ailes de papillon,
un visage; une écorce ravinée, le corps d'une mouette ou
les cheveux d'une sirène, comme une évidence. Affichiste,
peintre, illustrateur (avec son célèbre album Les larmes
de crocodile, réédité chez Delpire), artiste
complet au style unique, André François expose ses uvres
les plus récentes jusqu'au 7 juin au Centre
Pompidou.
Son atelier a pris feu en décembre 2002. Souvenirs, uvres,
correspondances sont parties en fumée. Rage et désespoir.
Pourtant, l'artiste né en 1915 à Timisoara (ex - Temesvar)
renaît des cendres comme un second printemps. Il crée
plus de soixante uvres en deux ans. Et l'exposition nous montre
ce regard toujours vif, empreint de poésie, à travers
des tableaux en trois dimensions, comme autant d'instants de vie
cueillis à même le sol ou tracés à la
pointe du pinceau
"Dans la lignée des plus
grands dessinateurs satiriques, il a une renommée internationale.
Venu en France en 1934, André Farkas devient élève
de Cassandre. Il collaborera au New Yorker pendant
plus de dix ans.
"C'est le plaisir
de faire, de tripoter les matériaux, les choses naissent en se faisant.
" confie-t-il, à la caméra de Sarah Moon. Célèbre
photographe américaine, amie de Tana
Hoban, elle avait entrepris de filmer André François,
avant l'incendie. Formidable intuition ou hasard du temps ? Sa présence
et son regard imprime sur la bande vidéo, l'image d'un artiste au
centre de sa caverne d'Ali Baba. Sarah Moon l'interroge par mot-clé
: oiseaux, autoportraits, saisons. A propos des femmes, il dit qu'il "pourrait
difficilement exister sans". A propos du temps qu'"il fut
un temps, est-ce qu'il est encore temps ?". Pour l'hiver, il cite
François Villon : "Les loups vivent du vent". Le
film, projeté au cur de l'exposition, nous montre l'avant et
l'après : les outils, les pinceaux, les couleurs, des tableaux, des
toiles à même le sol puis le même lieu calciné
et les vestiges.
Après cette catastrophe, les uvres récentes
de l'artiste se donnent à voir, rayonnantes, triomphantes presque.
L'humour planqué dans un coin, elles nous attendent au tournant.
Elles sont légères comme les oiseaux, fatales comme les
femmes ou voraces et dures comme le feu. Pour créer, l'artiste
réutilise des lambeaux de son atelier. La continuité s'inscrit
au cur de la création : un morceau de pan de bois brûlé
donne forme aux courbes d'un cheval de trait. Et des coulures de plomb
fondus deviennent des pendus, évoquant "La ballade des pendus"
de Villon. L'humanité au cur du drame et le drame au cur
de l'art. Pour André François, le dernier mot est à
l'oeuvre: "C'est la peinture qui décide si elle est finie
ou pas. Quelques fois, une peinture n'est pas finie, on va dormir dessus
et le lendemain, on découvre qu'elle s'est finie par elle-même.
"
Renseignements pratiques :
18 mars - 7 juin 2004
11h00 - 21h00
Mezzanine est - Centre Pompidou - Paris
Entrée libre
Commissaires / organisateurs :
Dominique Païni- Robert Delpire