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André François, maître des calembours visuels
par Nathalie Dresse - le 24/05/2004


© DR

Il ramasse des plumes, des coquillages, des brindilles, des écorces… En magicien des objets, il transforme tout ce qu'il touche. Un galet devient un œil; des ailes de papillon, un visage; une écorce ravinée, le corps d'une mouette ou les cheveux d'une sirène, comme une évidence. Affichiste, peintre, illustrateur (avec son célèbre album Les larmes de crocodile, réédité chez Delpire), artiste complet au style unique, André François expose ses œuvres les plus récentes jusqu'au 7 juin au Centre Pompidou.

Son atelier a pris feu en décembre 2002. Souvenirs, œuvres, correspondances sont parties en fumée. Rage et désespoir. Pourtant, l'artiste né en 1915 à Timisoara (ex - Temesvar) renaît des cendres comme un second printemps. Il crée plus de soixante œuvres en deux ans. Et l'exposition nous montre ce regard toujours vif, empreint de poésie, à travers des tableaux en trois dimensions, comme autant d'instants de vie cueillis à même le sol ou tracés à la pointe du pinceau…

"Dans la lignée des plus grands dessinateurs satiriques, il a une renommée internationale. Venu en France en 1934, André Farkas devient élève de Cassandre. Il collaborera au New Yorker pendant plus de dix ans.

"C'est le plaisir de faire, de tripoter les matériaux, les choses naissent en se faisant. " confie-t-il, à la caméra de Sarah Moon. Célèbre photographe américaine, amie de Tana Hoban, elle avait entrepris de filmer André François, avant l'incendie. Formidable intuition ou hasard du temps ? Sa présence et son regard imprime sur la bande vidéo, l'image d'un artiste au centre de sa caverne d'Ali Baba. Sarah Moon l'interroge par mot-clé : oiseaux, autoportraits, saisons. A propos des femmes, il dit qu'il "pourrait difficilement exister sans". A propos du temps qu'"il fut un temps, est-ce qu'il est encore temps ?". Pour l'hiver, il cite François Villon : "Les loups vivent du vent". Le film, projeté au cœur de l'exposition, nous montre l'avant et l'après : les outils, les pinceaux, les couleurs, des tableaux, des toiles à même le sol puis… le même lieu calciné et les vestiges.

Après cette catastrophe, les œuvres récentes de l'artiste se donnent à voir, rayonnantes, triomphantes presque. L'humour planqué dans un coin, elles nous attendent au tournant. Elles sont légères comme les oiseaux, fatales comme les femmes ou voraces et dures comme le feu. Pour créer, l'artiste réutilise des lambeaux de son atelier. La continuité s'inscrit au cœur de la création : un morceau de pan de bois brûlé donne forme aux courbes d'un cheval de trait. Et des coulures de plomb fondus deviennent des pendus, évoquant "La ballade des pendus" de Villon. L'humanité au cœur du drame et le drame au cœur de l'art. Pour André François, le dernier mot est à l'oeuvre: "C'est la peinture qui décide si elle est finie ou pas. Quelques fois, une peinture n'est pas finie, on va dormir dessus et le lendemain, on découvre qu'elle s'est finie par elle-même. "



Renseignements pratiques :
18 mars - 7 juin 2004
11h00 - 21h00
Mezzanine est - Centre Pompidou - Paris

Entrée libre

Commissaires / organisateurs :
Dominique Païni- Robert Delpire

 

 

 

 



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