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© Nathalie
Dresse/Natalecta
Comment êtes-vous devenu illustrateur ? Est-ce que vous avez dessiné
dès le plus jeune âge ?
Je suis né en 1965 dans un petit village de la République Démocratique
du Congo. A l'âge de 5 ans, mon père m'a envoyé poursuivre ma scolarité
chez un des ses frères, à Kinshasa. J'ai donc quitté mon village
natal pour rejoindre la capitale du Congo, une des plus grandes
villes du pays. C'est mon oncle qui m'a poussé à développer, très
tôt, mes aptitudes artistiques. Je suis rentré à l'Académie
des Beaux-Arts de Kinshasa sur ses conseils.
Vous habitez en Belgique - "avec un
ciel si bas" - mais vous dessinez principalement des scènes
et des paysages africains aux couleurs lumineuses et chaleureuses...
Oui, ces couleurs viennent, en partie de ma petite enfance,
de mon village natal et de mes parents, disparus trop tôt. Adulte,
j'ai ressenti le besoin d'accomplir un retour initiatique à la terre,
aux origines ancestrales. Je dis toujours que pour savoir qui on
est, on a besoin de "mettre son cul à terre". J'ai donc vécu deux
ans dans la forêt équatoriale et la savane du Congo. C'est là que
j'ai retrouvé mon âme d'enfant et les couleurs de ces souvenirs.
Mes dessins puisent leur essence dans ce retour à la terre.
Comment arrive-t-on en Europe quand on est un artiste africain?
J'avais déjà exposé à Kinshasa. Mon coup de pinceau était déjà
connu en Afrique. Lors d'une de ces présentations, j'ai rencontré
Marie Wabbes (ndrl : auteur et illustrateur en littérature de
jeunesse avec des albums comme Dors bien Charlie, Il neige petit
Lapin…). Dans le cadre d'une aide à l'éducation du gouvernement
belge, elle préparait une série d'ateliers pour former de jeunes
artistes africains à la composition et la construction de livres.
Ce souffle nouveau m'a permis de venir compléter ma formation à
l'Ecole de recherche graphique de Bruxelles en 1997. C'est là que
sont nés mes premiers livres, La Pêche à la marmite et
Prince de la rue.
Comment êtes-vous arrivé à l'Ecole des Loisirs en France?
En fait, c'est une aventure qui démarre bien avant mon séjour
à Bruxelles. En 1995, l'année où se déroulent ces ateliers à Kinshasa,
j'ai été invité au Salon de Montreuil dans le cadre de la Librairie
Africaine. C'est à cette occasion que j'ai rencontré Marcus Osterwalder,
directeur de la collection d'albums documentaires Archimède, au
sein de l'Ecole des Loisirs. Mon travail l'a tout de suite intéressé.
C'est un éditeur dynamique qui s'attache plus particulièrement au
témoignage et à la découverte du monde pour les plus jeunes. Mais
à l'époque, je n'avais pas de projet assez précis. En 1997, dès
les premières ébauches, j'ai repris contact avec lui. La Pêche
à la marmite et Prince de la rue, deux histoires qui
relatent la vie d'enfants africains, sont sorties successivement
en 1998 et 1999.
© Nathalie
Dresse/Natalecta
Comment expliquez-vous l'engouement que les lecteurs ont exprimé
pour vos albums?
C'est vrai que ces albums ont plu, tout de suite, aux enfants,
petits et grands. A ce sujet, j'aime me souvenir d'une de mes signatures
dans une école de France. Un enfant est venu m'apporter son dessin
pour me montrer SA pêche à la marmite. Il s'était approprié l'histoire
et avait redessiné la scène à sa manière. C'était très émouvant.
Ceci prouve qu'il n'y a pas de différence entre les enfants quelque
soit leur pays. Ils appartiennent à un même monde, un monde à part
avec un langage, une vision et des règles qui leur sont propres.
Vous venez de réaliser un quatrième album
avec la complicité de Carl Norac. Ce dernier s'est consacré à l'écriture
et vous-même à l'illustration. Pourquoi cette collaboration?
Il s'agit pour moi d'une première. Jusqu'ici, j'avais composé mes
albums seul. J'avais envie de franchir une étape. Il y a toujours
plus d'imagination et d'idées dans deux têtes que dans une seule.
J'aime beaucoup son album sur l'Afrique L'espoir Pélican.
De fil en aiguille, je lui ai raconté mon enfance et notamment une
aventure arrivée lors de mon retour initiatique à la terre : un
bain moussant dans une rivière qui avait causé la fuite d'un
troupeau de gazelles à l'odorat très développé. Je lui ai
montré des croquis inspirés de cet épisode de ma vie. C'est de là
qu'est né Kuli et le sorcier.
Avez-vous des projets pour l'an 2002 ?
Les projets ne manquent pas. Je m'occupe très activement d'une association
"Illusafrica" qui a pour objectif la valorisation du métier d'auteur/illustrateur
en Afrique. Avec les ateliers que l'association a initié, au Burkina
ou encore au Togo, j'essaie de promouvoir la défense des intérêts
d'illustrateurs africains, l'apprentissage des techniques et le
respect de l'autre à travers le travail d'artiste et de ses engagements.
J'entreprends surtout de partager mon expérience avec d'autres personnes.
Et je travaille déjà sur mon prochain livre qui traitera des éléphants.
Un album de jeunesse conçu en collaboration avec Colette Hellings
(ndlr : auteur de nombreux ouvrages de littérature de jeunesse
comme Mano, l'enfant du désert ou encore Une vache en
Afrique).
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