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Et puis après ?
propos recueillis par Nathalie Dresse
17 avril 2002

Pas facile d'évoquer la mort encore moins d'en parler avec un enfant. Et pourtant c'est le sujet que Malika Doray aborde dans son premier livre : Et après…
"C'est justement ça la mort, on peut se souvenir mais il y a quand même une perte" confie l'auteur. Un album au graphisme simple avec un seul élément en couleur par page. Jeux de relations et coïncidences font que cet album est d'abord paru aux Etats-Unis sous le titre One more Wednesday puis en France chez Didier jeunesse. Rencontre.

Comment et quand votre album est-il paru aux USA ?
A l'occasion d'un passage à New York, Elisabeth Lortic [ndlr: bibliothécaire et fondatrice des trois Ourses] dépose le projet sur le bureau de Suzanne Hirschmann chez Greenwillow. Celle-ci m'a rappelée quelques temps après puis tout a été très vite. J'ai signé le contrat et l'album est sorti en avril 2001. Dans le même temps, j'avais envoyé le manuscrit à des éditeurs français dont quelques-uns ont réagi. C'est finalement Didier qui a accepté de le publier.

Est-ce que les éditeurs vous ont demandé de retravailler certains passages ?
Susan Hirschman a pris tout tel quel. Au départ, elle voulait supprimer la page où le lapin se souvient que sa mamie était fâchée. J'ai soutenu que s'il fallait supprimer une page, celle-là devait rester parce que c'était la seule liée à un souvenir pas forcément heureux. Quand quelqu'un de proche meurt, on peut aussi focaliser sur ce qu'on a raté. On peut se souvenir des moments moins heureux et même culpabiliser. Finalement, l'éditrice n'a rien supprimé. Quant à l'éditeur français, Didier Jeunesse a modifié la maquette en ajoutant des pastilles de couleurs dans le texte alors que je n'en avais pas mis. Il a aussi opté pour le texte à gauche…

Etes-vous intervenue dans la traduction et le choix du titre ?
Le titre que j'avais imaginé au départ était Et puis après? mais malheureusement un livre paru chez Seuil portait déjà ce titre, il a donc fallu trouver un compromis. La traduction littérale ne fonctionnait pas en anglais. L'éditeur a donc opté pour One more wednesday.
Trouver l'équivalent du texte en anglais n'a pas toujours été évident. Un passage particulièrement difficile à traduire a été une phrase centrale par rapport au thème. Il s'agissait d'un emprunt tiré du dernier film de Romain Goupil, A mort la mort : "Elle m'a expliqué qu'avant que je sois fabriqué, j'existais déjà un peu parce que j'étais un profond désir."

Est-ce de ce film qu'est venue l'idée du thème de ce livre ?
Le film appartient sans doute au processus de gestation de l'album mais l'élément vraiment déclencheur a été un coup de fil. Lors d'un séjour en Angleterre, je m'étais occupée d'une petite fille. Sa mère m'a confié au téléphone qu'elle traversait une période difficile et m'a glissé dans la conversation, que sa grand-mère, très présente, venait de décéder. Or, je me suis rendue compte que j'étais incapable d'aborder le sujet avec l'enfant bien qu'ayant perdu ma mère et étant donc à la bonne place pour partager ce sentiment avec elle. Finalement, je lui ai écris une lettre.
Je suis aussi allée chez mon libraire pour trouver un livre qui expliquait la mort. Rien ne m'a satisfait pour cette circonstance. Le côté étrange d'abord, et aussi le côté triste avaient tendance à être aseptisés ou dits de façon très abruptes.

A quel moment avez-vous créé les images ?
Les petits lapins figuraient déjà dans la lettre. Les principes de base étudiés aux Arts appliqués m'ont aidé à passer des petits crayonnés aux illustrations. Faire ce livre était un moyen de recoller les morceaux, à la fois parler de la mort, m'adresser aux bambins avec qui je travaille au quotidien dans un jardin d'enfants et utiliser ce que j'avais étudié en dessin.
La répartition du texte est arrivée assez rapidement. Je ne voulais pas que le texte soit mangé par les images et les couleurs. Visuellement, je n'ai pas cherché la prouesse technique parce que je ne m'en sentais pas capable et parce que sur un sujet comme cela ce n'était pas nécessaire.

Quel rôle est attribué aux touches de couleur ?
L'idée de base consistait à changer de couleur à chaque page en coloriant un seul élément. En général, les couleurs chaudes - jaunes, rouge, orange - reviennent dans tout ce qui est de l'ordre du souvenir pur tandis que les explications, la parole, ce qui est de l'ordre du discours (quand on commence à apprendre que la mamie est à l'hôpital) s'affiche en bleu ou vert sans pour autant glacer l'atmosphère. Dans le dessin, le choix de l'élément colorié résulte d'un mélange de subjectivité et de contrainte de composition.

Pourquoi avez-vous dessiné des bouches en forme de croix ?
C'est une influence directe de l'illustrateur Dik Bruna dont les personnages ont des bouches en forme de croix qui restent statiques. Mon dessin est moins géométrique que le sien : à la fois plus variable et beaucoup plus ambigu. Par exemple, le personnage à l'avant-plan sur l'image de l'enterrement, peu d'enfants le voient, mais ceux qui le remarquent, focalisent dessus. Certains pensent qu'il sourit, d'autres qu'il est très concentré. Globalement, chaque lapin exprime un sentiment mais une part d'interprétation est laissée aux lecteurs. "Après", chacun peut s'y projeter…

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