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Comment
et quand votre album est-il paru aux USA ?
A l'occasion d'un passage à New York, Elisabeth Lortic [ndlr:
bibliothécaire et fondatrice des trois Ourses] dépose le projet
sur le bureau de Suzanne Hirschmann chez Greenwillow. Celle-ci m'a
rappelée quelques temps après puis tout a été très vite. J'ai signé
le contrat et l'album est sorti en avril 2001. Dans le même temps,
j'avais envoyé le manuscrit à des éditeurs français dont quelques-uns
ont réagi. C'est finalement Didier qui a accepté de le publier.
Est-ce que les éditeurs vous ont demandé de retravailler certains
passages ?
Susan Hirschman a pris tout tel quel. Au départ, elle voulait
supprimer la page où le lapin se souvient que sa mamie était fâchée.
J'ai soutenu que s'il fallait supprimer une page, celle-là devait
rester parce que c'était la seule liée à un souvenir pas forcément
heureux. Quand quelqu'un de proche meurt, on peut aussi focaliser
sur ce qu'on a raté. On peut se souvenir des moments moins heureux
et même culpabiliser. Finalement, l'éditrice n'a rien supprimé.
Quant à l'éditeur français, Didier Jeunesse a modifié la maquette
en ajoutant des pastilles de couleurs dans le texte alors que je
n'en avais pas mis. Il a aussi opté pour le texte à gauche…
Etes-vous intervenue dans la traduction et le choix du titre ?
Le titre que j'avais imaginé au départ était Et puis après?
mais malheureusement un livre paru chez Seuil portait déjà ce
titre, il a donc fallu trouver un compromis. La traduction littérale
ne fonctionnait pas en anglais. L'éditeur a donc opté pour One
more wednesday.
Trouver l'équivalent du texte en anglais n'a pas toujours été évident.
Un passage particulièrement difficile à traduire a été une phrase
centrale par rapport au thème. Il s'agissait d'un emprunt tiré du
dernier film de Romain Goupil, A mort la mort : "Elle m'a
expliqué qu'avant que je sois fabriqué, j'existais déjà un peu parce
que j'étais un profond désir."
Est-ce de ce film qu'est venue l'idée du
thème de ce livre ?
Le film appartient sans doute au processus de gestation de l'album
mais l'élément vraiment déclencheur a été un coup de fil. Lors d'un
séjour en Angleterre, je m'étais occupée d'une petite fille. Sa
mère m'a confié au téléphone qu'elle traversait une période
difficile et m'a glissé dans la conversation, que sa grand-mère,
très présente, venait de décéder. Or, je me suis rendue compte que
j'étais incapable d'aborder le sujet avec l'enfant bien qu'ayant
perdu ma mère et étant donc à la bonne place pour partager ce sentiment
avec elle. Finalement, je lui ai écris une lettre.
Je suis aussi allée chez mon libraire pour trouver un livre qui
expliquait la mort. Rien ne m'a satisfait pour cette circonstance.
Le côté étrange d'abord, et aussi le côté triste avaient tendance
à être aseptisés ou dits de façon très abruptes.
A
quel moment avez-vous créé les images ?
Les petits lapins figuraient déjà dans la lettre. Les principes
de base étudiés aux Arts appliqués m'ont aidé à passer des petits
crayonnés aux illustrations. Faire ce livre était un moyen de recoller
les morceaux, à la fois parler de la mort, m'adresser aux bambins
avec qui je travaille au quotidien dans un jardin d'enfants et utiliser
ce que j'avais étudié en dessin.
La répartition du texte est arrivée assez rapidement. Je ne voulais
pas que le texte soit mangé par les images et les couleurs. Visuellement,
je n'ai pas cherché la prouesse technique parce que je ne m'en sentais
pas capable et parce que sur un sujet comme cela ce n'était pas
nécessaire.
Quel rôle est attribué aux touches de couleur
?
L'idée de base consistait à changer de couleur à chaque
page en coloriant un seul élément. En général, les couleurs chaudes
- jaunes, rouge, orange - reviennent dans tout ce qui est de l'ordre
du souvenir pur tandis que les explications, la parole, ce qui est
de l'ordre du discours (quand on commence à apprendre que la mamie
est à l'hôpital) s'affiche en bleu ou vert sans pour autant glacer
l'atmosphère. Dans le dessin, le choix de l'élément colorié résulte
d'un mélange de subjectivité et de contrainte de composition.
Pourquoi avez-vous dessiné des bouches en forme de croix ?
C'est une influence directe de l'illustrateur Dik Bruna dont
les personnages ont des bouches en forme de croix qui restent statiques.
Mon dessin est moins géométrique que le sien : à la fois plus variable
et beaucoup plus ambigu. Par exemple, le personnage à l'avant-plan
sur l'image de l'enterrement, peu d'enfants le voient, mais ceux
qui le remarquent, focalisent dessus. Certains pensent qu'il sourit,
d'autres qu'il est très concentré. Globalement, chaque lapin exprime
un sentiment mais une part d'interprétation est laissée aux lecteurs.
"Après", chacun peut s'y projeter…
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