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Méfiez-vous de cet homme !
par Nathalie Dresse - 09/12/2001


Anthony Browne
© Nathalie Dresse

Anthony Browne est venu à Paris à l'occasion du salon du livre de Montreuil… de quoi rester subjugué devant tant de talent. Avant de vous lancer à l'assaut de cet auteur passionnant, lisez les quelques éléments rassemblés comme autant de prémisses à l'œuvre d'un auteur qui a reçu le prix Andersen 2000 (le prix Nobel de la littérature de jeunesse) pour l'ensemble de sa production.

Anthony Browne est bien anglais. Son flegme ne l'empêche pas de nous offrir des livres pour enfants à la fois mystérieux et ironiques dont la pointe d'humour bien sentie chatouille nos sentiments les plus enfouis. Et c'est d'abord en tant qu'adulte, en tant que lecteur d'une histoire racontée en images et en mots qu'il faut s'y intéresser. Et pour bien lire les albums d'Anthony Browne, mieux vaut s'y prendre à deux ou trois fois, tant les éléments se situent à différents niveaux de lecture.


Des faciès plus humains que nature

Un panneau d'expositionCe qui étonnera de prime abord, c'est cette représentation de fillettes et de garçons aux faciès de chimpanzés et celles d'adultes en gorilles. Familles de singes, pourtant si humains et bien de notre temps. Familles monoparentales pour la plupart : une fille et son père ou une mère et son fils dans Anna et le Gorille et Des invités bien encombrants ou encore Histoires à quatre voix… Un livre dont l'auteur avoue avoir commencé avec des personnages humains. Sans succès : "C'était trop caricatural à mon goût. Et au bout d'un moment, on le croira ou non, la mère, personnage auquel je m'était attaché, s'est transformée en gorille. Le livre est ainsi apparu plus léger. D'une certaine manière les gens sont devenus plus vrais".

Une fragilité passée au Jacquard
Derrière leur masque de gorille, les personnages masculins sont concentrés, puissants, tacites, protecteurs, souvent fragiles et parfois imbéciles. Mon papaPantoufles, peignoir, journal, télévision. Allure encore renforcée par contraste avec celle des femmes : tenue sexy, talons hauts. Enivrantes, frivoles, instables, joyeuses… voire vulgaires ? Ces adultes-gorilles font figure d'une véritable alliance du touchant et du vulnérable. Tout prend sens, lorsque l'on sait que le père de l'auteur est décédé devant lui alors qu'il n'avait que 17 ans. Ce père avait une stature forte, exerçait divers métiers dont celui de boxeur et professeur de dessin et portait une robe de chambre… Jacquard. Ce tissus écossais constitue un indice vestimentaire de faiblesse, motif inexorable et répétitif dans la production d'Antony Browne qui agit comme un signal à chaque apparition, spécialement celle du père dans Mon papa.

L'histoire par le détail
Anthony Bronwe raconte en dessinant. A tel point que l'image nous confie ce que le texte n'avoue pas ouvertement. La métamorphose qui s'opère tout au long du temps qui passe dans Histoire à quatre voix est donnée à travers différents signes : les arbres grimaçants renforcent le hurlement de la mère - à la recherche de Charles - tandis qu'un luminaire en forme de perce-neige indique le moral moins sombre du père de la fillette. Autant d'indices qui reflètent les passions de l'âme : colère, mensonge, tristesse, bonheur, surprise, naissance… Le coquelicot de la fin, fleur éphémère, qu'un rien étiole, nous laisse entrevoir l'évanescence des rencontres.

Marcel et HugoChaque objet, chaque élément de la page se fait le porte-parole d'un sens. Les contenus s'associent dans l'image pour nous faire ressentir l'état intérieur des protagonistes. Comme le souligne le professeur Evelio Cabrejo-Parra - psycholinguiste, responsable du cursus Sciences du langage à l'Université Paris VII - dans Marcel et Hugo : tout concourt à nous dire que Marcel est seul. Seul alors que tout le monde autour de lui, même les objets, même les arbres, sont deux ou trois. Les détails sont autant d'indices des états psychiques des personnages, de cette solitude ambiante.

Chaque page est constituée de respirations, d'envols aussi. Les tableaux de Magritte, Hopper et Munch… sont entrevus, cités, effleurés comme autant de prolongement de sens, de métaphores, d'appartenance à un univers culturel. C'est donc aussi à un parcours d'initiation que le lecteur est invité, par petite touche, sans obligation. Et lorsqu'on arrive à la dernière page, la boucle semble bouclée mais la fin reste suggérée, jamais confirmée, comme si l'histoire ne s'arrêtait pas là et que les personnages continuaient à vivre bien au delà des pages. Et c'est pourquoi, sans doute, Christian Bruel, éditeur et auteur d'une monographie sur Anthony Browne, ne cesse de répéter : "Méfiez-vous de cet homme".

 

L'exposition
© Nathalie Dresse
Le gorille de l'exposition Anthony Browne

Marcel au pays des albums a été présentée pour la première fois au Salon du livre, en présence de l'auteur.
On peut non seulement y admirer la robe de chambre à l'origine de celle qu'on voit dans Mon papa mais aussi des croquis, des originaux, des projets... L'exposition conçue comme un parcours croisé, possède des chemins de traverse (on passe des gorilles aux pères par exemple) que les enfants emprunteront pour découvrir l'oeuvre de part en part.

Conception de l'exposition
: Christian Bruel
Scénographie : Françoise Darne.
Avec le soutien des éditions Kaléidoscope et des éditions Etre.

Plus sur internet

- Anthony Browne, les gorilles et les enfants par Pascale Pruvot-Evrard (maîtrise SID, juin 2001)
http://www.univ-lille3.fr/www/Ufr/idist/jeunet/auteurs/browne01/sommaire.htm

- Un an de travail pour les élèves du collège de Besançon
http://artic.ac-besancon.fr/college_laroue/Livreelu/19992000/19996E/browne.htm

- Voulez vous jouer avec Anthony Browne ?
http://perso.wanadoo.fr/pontdecervieres/jeux_livres.htm

Sélection bibliographique

Christian Bruel

Anthony Browne, Christian Bruel, collection Boîte à outil, édition Etre, novembre 2001


 

Anna et le gorille

Anna et le gorille ; trad. de l'anglais par Elisabeth Margot. - Paris : Flammarion, 1983 (Kaléidoscope, 1994)

A calicochon, Paris, Flammarion, 1987

Tunnel Le Tunnel ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris, Kaléidoscope, 1989
  Tout change ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris, Kaléidoscope, 1990
  Zoo ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris, Kaléidoscope, 1992
Une histoire à quatre voix Une histoire à quatre voix ; trad. Elisabeth Duval, Paris, Kaléidoscope, 1998, Trad. de "Voices in the park"
Mon papa Mon papa ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris , Kaléidoscope, 2000. -Trad. de "My dad".
Marcel le reveur

Marcel la mauviette, Kaleidoscope, 1991, rééd. de 1985.

Marcel le champion, Paris, Flammarion, 1986. Kaléidoscope

Marcel et Hugo ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris, Kaléidoscope, 1991

Marcel le magicien ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris, Kaléidoscope, 1995

Marcel le rêveur ; trad. Isabelle Finkenstaedt, Paris, Kaléidoscope, 1997

Les tableaux de Marcel ; trad. Ludovic-Jérôme Gombault, Paris, Kaléidoscope, 2000 Trad. de "Willy's pictures"

   
 
 

 



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