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Grégoire
Solotareff au noir
propos reccueillis par Nathalie Dresse
Article paru dans Lire - novembre 2002

©DR
Il manie la plume et le pinceau avec dextérité. Rencontre
avec cet auteur talentueux et prolifique, dans son atelier perché
au cinquième étage d'un immeuble parisien. Dernier album
paru: Le masque (L'Ecole des loisirs, 2001).
Vos histoires, comme Loulou ou Le masque sont parfois
très effrayantes. Faut-il avoir peur du loup?
Pour emmener un enfant dans un bouquin, il faut le provoquer. Je fais
des choses assez noires, j'aime me moquer de cette noirceur. Les rapports
humains, la peur ou le conflit m'intéressent. Au fond, j'écris
des histoires que j'aurais eu envie de raconter à mes enfants,
avec ma morale et mes limites. Je n'ai aucun besoin de parler de pédophilie,
ni de situations cauchemardesques. La fin est généralement
ouverte, sinon obligatoirement heureuse. En tout cas, optimiste.
"Je
n'ai aucun besoin de parler de pédophilie, ni de situations cauchemardesques."
On trouve beaucoup d'allusions aux contes dans vos albums. Est-il
important de les réinventer?
On retombe toujours sur les histoires mythologiques. Les livres qui y
échappent n'existent pas longtemps. Mais publier Peau d'âne
aujourd'hui est impensable. Les contes de fées étaient d'une
violence extraordinaire avec des incestes, des massacres. Actuellement,
avec la violence quasi permanente, on a moins envie de la montrer. Notre
époque est plus pragmatique qu'autrefois.
Comment choisissez-vous les faciès des animaux et des êtres
hybrides, comme celui de l'album Le diable du Rocher?
Ce personnage est le symbole de la monstruosité par rapport à
l'innocence. L'équivalent de la Bête face à la Belle.
Repoussé par la communauté, il s'isole mais l'enfant qu'il
recueille le regarde sans jugement. Je suis très attiré
par la beauté et la laideur. La laideur, en tant que repoussoir
et questionnement, la laideur qui incite à la moquerie, à
la caricature. Dans l'art, Ensor et Jérôme Bosch sont des
humoristes de la laideur. Au cinéma, seul Charlot arrive à
allier humour et grâce.
"Je
travaille sur le scénario de Loulou
pour le transformer en film d'animation. "
Vos livres trouvent-ils des prolongements hors du papier?
Actuellement, je travaille avec l'équipe de production Prima Linea
sur le scénario de Loulou pour le transformer en film d'animation.
Le programme complet inclut quatre courts métrages de création
autour du thème du loup, et sortira en salle en mars 2003 et sur
France 3 pour Noël 2002. Par ailleurs, le théâtre du
Tilleul (voir leur site), à Bruxelles, spécialisé
dans le théâtre d'ombres, a organisé un colloque et
adapté Fifi.
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