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Chansons
de toujours
au goût du jour
Rencontre avec Julien Morroni, parolier
propos reccueillis par Françoise Rico - le 20/01/2003

©DR
Le parolier Julien
Morroni a été remarqué aux Rencontres d'Astaffort
1996 organisées par Francis Cabrel et son recueil de poèmes
En vers et contre tous a été doublement primé
en 1998 : Prix de l'édition poétique et Prix Paul Valérie.
Il s'intéresse aujourd'hui au monde de l'enfance et nous offre,
avec le précieux concours du compositeur et arrangeur Mario
Santangéli, un premier album de chansons ludo-éducatives
toutes plus savoureuses les unes que les autres.
Comme l'indique le titre de l'album Chansons
de toujours
au goût du jour, vous avez donné
un grand coup de jeune aux chansons du répertoire traditionnel
en travaillant à la fois les arrangements musicaux et les textes.
Comment ce projet est-il né ?
Nous sommes partis du constat suivant : la génération actuelle
de parents est née dans les années soixante-dix et sa culture
musicale est faites d'un mélange de Reggae, de Rock, de Pop, mais
aussi de world music et de musique traditionnelle. Leurs enfants baignent
eux aussi dans une grande diversité d'influences musicales. Dans
le même temps, ces parents ont connu et apprécié,
comme les générations précédentes les plus
grandes chansons du répertoire traditionnel des enfants (J'ai
du bon tabac, Cadet Roussel, Frère Jacques, etc.). Pourquoi,
dans ce cas, ne pas marier tradition et modernité en réorchestrant
ces grands airs à la manière Rock, Pop, Reggae, Blues, etc
en procédant ainsi à un rafraîchissement du répertoire.
"Pourquoi
ne pas marier tradition et modernité en réorchestrant ces
grands airs à la manière Rock, Pop, Reggae ?"
A partir de là, je me suis replongé dans les textes des
chansons du répertoire et j'ai constaté qu'il était
possible de se glisser dans les bottes des auteurs de l'époque,
en faisant vivre aux personnages mythiques qu'ils ont inventé de
nouvelles aventures plus actuelles, un peu à la manière
d'une suite. Ainsi, Cadet Roussel, Frère Jacques, le petit Furet,
Pierrot, et la souris verte pouvaient vivre des histoires plus en rapport
avec l'époque et satisfaire ainsi parents et enfants.
Chaque chanson de l'album offre un texte résolument neuf et
éducatif qui, loin de se contenter d'amuser les enfants, traite
des problèmes actuels de notre société. Pouvez-vous
nous expliquer votre démarche à travers quelques exemples
?
En fait, c'est la chanson : J'ai du bon tabac qui m'a donné
le déclic. Dans une certaine mesure, ses paroles sont une incitation
à considérer la tabagie comme quelque chose de positif.
C'est tout à fait à rebours des préoccupations de
l'époque. J'ai donc pensé que la même chanson pouvait
servir à délivrer un message de prévention de la
jeunesse contre les méfaits du tabac. De la même manière,
on pouvait éviter de tremper cette pauvre souris verte dans l'huile
et réécrire son histoire pour apprendre aux enfants le respect
des animaux. Tout ceci, bien sûr en essayant de distraire et d'amuser
les petits.

Outre ces préoccupations éducatives, ces textes de chansons
sont très ludiques. Vous mêlez avec beaucoup d'adresse l'humour
à la pédagogie, sans oublier les rimes et les pieds ! Êtes-vous
un fervent partisan de l'instruction par le rire ?
Oui, le rire est un angle d'attaque très intéressant qui
permet d'instruire sans donner de leçon et donc sans ennuyer. Il
faut toujours garder à l'esprit que le jeu est le propre de l'enfance.
Grâce à ses textes innovants et ses musiques entraînantes
(biguine, polyphonie corse, chants en cannons a capela), il me semble
que cet album s'adresse tout autant aux parents qu'aux enfants. Est-ce
aussi votre avis, voire votre souhait ou votre dessein ?
C'est clairement notre dessein. Pourquoi ne pas miser sur une re-création
qui deviendrait récréation, en se donnant pour ambition
de plaire aux enfants tout autant qu'aux parents. N'oublions pas que les
parents écoutent, par la force des choses la musique qu'ils achètent
pour leurs enfants. Ils doivent pouvoir en apprécier l'écoute
et non pas la subir, comme c'est parfois le cas dans certaines productions
infantilisantes ou l'esprit "gnangnan" - passez moi l'expression
- prédomine dans les voix, l'instrumentation, comme dans l'écriture.
Je suis résolument contre cette approche qui bêtifie en croyant
se mettre à la portée des enfants. Cela débouche
le plus souvent sur de la caricature, à mon sens.
"Les
enfants eux-mêmes ont toujours parodié les chansons dans
les cours de récré. Revisiter la tradition est donc une
tradition à part entière"
Étant donné que vous avez touché au répertoire
traditionnel des chansons pour enfants et que l'on ne touche jamais à
la tradition sans risque d'être soumis à la critique, que
diriez-vous aux détracteurs éventuels de cet album ou aux
personnes méfiantes à l'égard de cette innovation
?
Je leur dirais que la tradition doit vivre et se renouveler et qu'elle
peut perdurer sous des formes différentes. Notre travail est un
hommage à la tradition des grandes chansons pour enfants, un hommage
rendu par des artistes qui vivent en 2002 à d'autres artistes qui
ont vécu avant eux. Nous posons simplement sur leur travail un
regard nouveau, riche des acquis de notre époque.
J'ajoute que les instituteurs eux-mêmes ont pratiqué la
réécriture de chansons depuis le XIXe siècle et l'apparition
de l'école obligatoire. À l'époque, la chanson pour
enfant comme genre à part entière, n'existait pas, mis à
part la berceuse. Quand les instituteurs ont eu besoin de chansons pour
animer la classe, ils ont puisé dans le folklore populaire de la
chanson adultes et ont réadapté ces "tubes" à
l'univers enfantin. Le plus amusant est que beaucoup des chansons pour
enfants qui nous sont parvenues étaient, au départ, des
chansons grivoises. Nous n'irons plus au bois par exemple avait
une tout autre connotation. Mieux encore, les enfants eux-mêmes
ont toujours parodié les chansons dans les cours de récré.
Revisiter la tradition est donc une tradition à part entière.
Ecrivez-vous uniquement des chansons pour enfants ? Si non, quels
sont vos registres de prédilection ?
Non, je suis un auteur "tout terrain", si j'ose dire. J'aime
par-dessus tout changer d'univers et prêter ma plume à des
artistes et des genres différents. Quelques unes sont visibles
en ligne sur mon
site.
Avez-vous une méthode de travail particulière ? Un secret
d'écrivain ?
Ma méthode consiste à ne pas attendre l'inspiration mais
plutôt d'aller la débusquer dans ses retranchements. Il faut
aller vers elle. Elle a tendance à bien payer en retour les visiteurs
qui font cet effort.
Cet album aura-t-il une suite ?
Oui, nous travaillons déjà au volume 2 de Chansons de
toujours au goût du jour. Il reste encore beaucoup de belles
chansons à revisiter amoureusement.
Découvrez des
de l'auteur sur son site
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Ecoutez
des extraits de l'album sur la fnac.fr
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