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Ce
que Harry Potter a changé: l'effet H. P. dans l'édition
par Nathalie Dresse
(article paru dans Lire - avril 2002)

©DR
On se souvient encore de l'énorme raz de
marée produit par la collection Chair de poule, chez Bayard. Décriée
par certains - dont les médiateurs et les spécialistes de
livres - pour sa simplicité et ses répétitions, elle
a conquis un grand nombre d'enfants.
Avec Harry Potter, l'édition pour la jeunesse gagne quelques galons
en maturité. L'ère du «best-seller» versus «long-seller»
a-t-elle commencé en littérature de jeunesse, comme le souligne
Jean-Louis Fabre, fondateur de L'Ecole des loisirs? Faut-il craindre Harry
Potter? Passons au crible les chamboulements.
Le thème, tout d'abord, n'a échappé à personne.
Exit les romans désespérants, vive l'imaginaire! Tous les
récits d'heroic fantasy ont la cote, avec ce qu'il faut d'ingrédients
initiatiques, de fées et de trolls, de lutte entre les forces du
Bien et du Mal...
"Faut-il
craindre Harry Potter?"
Mais ce n'est pas tout. Harry Potter a aussi montré qu'un nombre
de pages au-delà de 350 pouvait être vendeur. Qu'il n'était
pas nécessaire d'illustrer un livre pour qu'il soit lu et qu'un
texte littéraire riche n'en était pas moins abordable. A
l'inverse d'une série ordinaire («Le Club des cinq»
ou Chair de poule), dont le schéma plus ou moins identique
se répète à chaque volume, la saga de J. K. Rowling
se complexifie. Elle seule est capable de poursuivre l'uvre entamée.
Depuis son ascension, la fiction pour la jeunesse constitue une valeur
sur le marché. La concurrence augmente avec des surenchères
surprenantes pour l'acquisition des droits. Si quelques succès
auprès des adultes appartiennent désormais au patrimoine
de la littérature de jeunesse, le mouvement inverse s'accentue
avec Harry Potter.
Une barrière tombe: un livre de jeunesse est admis chez les adultes.
Outre les bénéfices engrangés par cette opération,
la question symbolique reste posée: «Pourquoi un livre pour
la jeunesse ne pourrait-il pas suivre les règles de l'édition
pour adultes?» En tout cas, les maisons d'édition adhèrent
au concept et on assiste à une recrudescence de hors-série
imprégnés de magie.
Les frères d'Harry
Au sein même de Gallimard, des frères ou cousins de Harry
Potter apparaissent. L'univers d'Artemis Fowl de l'Irlandais Eoin Colfer
est pourvu de fées et de trolls mais aussi de technologies modernes
comme l'Internet et le nucléaire. A l'inverse de son compatriote
Potter, l'ambition de ce garçon de douze ans dont le père
est absent et la mère malade, ne présage rien de bon. Issu
d'une famille de malfrats, il imagine un plan machiavélique pour
enlever une fée et obtenir de l'or en rançon.
"Un
livre de jeunesse admis chez les adultes"
La trilogie intitulée A la croisée des mondes de
Philip Pullman a joui du sillage déjà tracé pour
mieux s'engouffrer dans le succès. D'un accès plus difficile
que Harry Potter, cette épopée fantastique met en scène
une petite fille, Lyra, et son daemon qui partent à la découverte
des univers parallèles. Le prix britannique Withbread a souligné
la qualité de l'écriture de Pullman. Pour la première
fois dans l'histoire, un prix pour adulte a été attribué
à un livre destiné aux enfants: Le miroir d'ambre (tome
3).
Au programme aussi de la maison Gallimard mais en poche cette fois, des
éditions anglo-saxonnes de référence: les sept tomes
des Chroniques de Narnia de Clives Staples Lewis - un ami de Tolkien
- écrites entre 1950 et 1956 paraissent pour la première
fois dans leur intégralité en français. En poche
également, la série Mondes de Chrestomanci de Diana
Wynne Jones qui se déroule dans une école de sorciers. Et
du côté des auteurs français? Gallimard propose le
premier tome de la trilogie des aventures de Qadehar le Sorcier,
écrit par un Grenoblois: Erik L'Homme. Dans la lignée du
fantastique, elle se déroule au Pays d'Ys, situé à
mi-chemin entre le monde réel et les territoires du Monde Incertain.
Quant à Serge Brussolo, auteur connu pour jouer dans tous les genres,
il a créé une héroïne féminine: Peggy
Sue, petite Américaine qui se bat contre des fantômes
qu'elle seule peut voir grâce à ses lunettes. Même
si l'auteur présente son héroïne comme un antidote
à l'ennui de la série de Rowling, son éditeur, Plon,
qui inaugure une section jeunesse pour la circonstance, a su profiter
du courant comme tremplin.
Chez Seuil jeunesse, le héros de Franck Krebs, Tom Cox,
compte plus d'un point commun avec Harry. Et pour cause, l'auteur est
un ancien instituteur dont la vie a été bouleversée
par le récit de J. K. Rowling. A la différence de celle-ci
cependant, il entraîne son héros à travers l'espace
et le temps, avec la Chine pour son premier roman. Le deuxième
tome, annoncé pour avril, propose un périple égyptien.
Les éditions du Rocher succombent à la jeunesse en s'octroyant
les droits de Kevin et les magiciens. Série en huit volumes
dont le premier titre La pendule d'Halloween coïncidait avec
la fête du même nom. Le héros dont les parents sont
morts atterrit chez son oncle Jonathan, qui se révèle être
un magicien.
Nul ne manque à l'appel: Pocket en est au troisième volume
de Darren Shan, plus du côté vampire et dans la veine
Chair de poule. Mango n'est pas en reste avec Les naufragés
du Hollandais volant de Brian Jacques et les produits dérivés
de la marque, notamment des livres d'activités à l'effigie
du héros et à l'image de son univers.
Les opus parus dans la veine de Harry Potter ne se valent pas tous et
il va sans dire qu'à trop creuser dans la fantasy les réserves
risquent de s'épuiser. Sans compter l'overdose des lecteurs. Au-delà
de tout ce ramdam, la littérature de jeunesse affirme sa vitalité
avec un peu plus de panache que d'habitude. Il règne en surface
une atmosphère de fête avec sans doute plus de promotion
que d'ordinaire et une tendance au décloisonnement. Il est fort
probable que les bons livres, quelle que soit leur vitesse de propagation
et de vente, bests-sellers ou pas, ont encore de longs jours devant
eux.
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