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Gudule,
la dame aux chats
par Laetitia Rusticoni - le 10/11/2002

© DR
Gudule, l'auteur de Barbès Blues, de
La Bibliothécaire et du Monstre dans la purée,
aime discuter avec ses lecteurs. Elle a lancé un forum de discussion
sur son site Internet. Dans ce cadre, nous avons pu lui poser des questions
sur son rapport à la lecture et aux livres...
Quel est votre premier souvenir de lecture ?
C'est mon livre de lecture, justement. J'avais en CP un livre avec des
phrases ne contenant que des sons primaires, du genre : "Rémi
a lu" ou "Lili a ri". Il avait des illustrations minimalistes
: un rond pour la tête, des bâtonnets pour les membres, etc.
J'ai longtemps tenté de reproduire ces phrases qui me faisaient
rêver, accompagnées de ces mêmes dessins. J'étais
si boulimique que j'ai eu terminé mon livre alors que mes camarades
de classe n'en étaient encore qu'à la troisième ou
quatrième page.
À part cette première rencontre avec la lecture, quels
sont les ouvrages qui vous ont marqués ?
Fifi Brindacier, bien sûr (mon idole absolue !), la comtesse de
Ségur, Jules Verne, James Oliver Curwood, Jack London... Mais c'était
bien plus tard !
"J'ai
longtemps tenté de reproduire
ces phrases qui me faisaient rêver"
Vous souvenez-vous d'un livre qu'on vous lisait étant petite
et des images que vous vous faisiez à l'écoute de l'histoire
?
Tout d'abord, on me lisait très peu d'histoires dans mon enfance,
c'est sans doute pour ça que je suis vite devenue autonome, en
lecture. En revanche, ma marraine me racontait des contes de fées
dont j'étais friande. Je n'en avais jamais assez et je la harcelais
sans cesse. Je garde un souvenir ému de ces récits improvisés,
où elle s'évertuait à inventer des princesses plus
belles les unes que les autres et à les vêtir d'atours toujours
plus somptueux. Il y avait là une surenchère qui me ravissait
! Aujourd'hui, elle a dépassé les 70 ans et je lui ai dédié
mon livre Contes et légendes des fées et des princesses,
paru chez Nathan l'année dernière.
Etait-elle la seule à vous raconter des histoires ?
Non. Mon frère aîné aussi m'inventait des histoires,
mais lui les illustrait, car il était doué en dessin. Je
me souviens d'un petit album où il racontait la révolte
de mes jouets. Il les avait tous représentés. Le chef de
la dissidence était Jopi, mon nounours préféré
qui n'avait plus d'oreille gauche, car c'était toujours par là
que je le portais. Par ailleurs, chaque fois qu'il allait au cinéma,
mon frère me racontait le film. Si bien que quand il m'est arrivé
de voir les films en question j'ai été très déçue.
"Je
garde un souvenir ému
de ces récits improvisés"
Outre Fifi Brindacier, d'autres histoires vous ont-elles également
marqué, étant enfant, au point qu'elles aient influencé
votre vie ?
Les Nouveaux contes de fées de la Comtesse de Ségur
m'ont fasciné. Je l'ai relu des dizaines de fois - comme tous mes
livres d'ailleurs ! Une histoire, entre autres, me plaisait beaucoup :
celle de Violette et son frère Ourson (il avait été
changé en ourson par une sorcière). Le nom Violette a gardé
pour moi une telle magie (car il est lié à l'ourson-fantasme
de mon enfance, je suppose) que j'ai voulu appeler ma fille comme ça.
Son père s'y étant opposé, j'ai rempli mes livres
de Violette. Mon fils aîné, qui vient d'avoir une petite
fille, lui a donné ce nom.
Dans le même registre, L'ourse aux pattons verts de Christian
Pineau, paru chez Hachette dans l'Idéale-bibliothèque, au
cours des années 50 est un recueil de nouvelles pour enfants, dont
la première avait une héroïne prénommée
Frédérique. C'est la raison pour laquelle j'ai appelé
mon fils Frédéric. Mes lectures d'enfance ont conditionné
toute ma vie d'adulte !
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Sans oublier le mythique Alice au pays des merveilles.
Je recherche désespérément la version parue dans les
années 50 dans la collection Rouge et Or. Je n'ai jamais retrouvé
cette traduction qui n'est pas celle d'Henri Parisot (il ne dit pas "sou-soupe
du soi-soir" que j'ai répétéà mes enfants
chaque fois que je leur servais de la soupe, c'est-à-dire pratiquement
tous les soirs !) |
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Aimez-vous lire aux autres ? Et quoi en particulier ?
J'ai toujours lu tout haut les textes qui me plaisaient. J'aimais faire
la lecture à ma mère ou à mes grands frères,
ou à mes copines de classe, le must étant, bien sûr,
de lire mes propres textes. Mais je n'en ai eu que peu le loisir : ça
leur cassait les pieds.
Un souvenir me revient brusquement : celui de mon père lisant les
Jalna à ma mère qui cousait. J'écoutais ça,
fascinée. Je ne comprenais rien à l'histoire, mais ça
n'avait pas d'importance : seule comptait la musique des mots, et les
images immédiates qu'elle faisait naître en moi.
Testez-vous les histoires que vous écrivez auprès de
vos proches ?
J'essaie toujours de coincer mon compagnon ou ma fille quand ils sont
dans leur bain ou au volant de leur voiture, pour leur faire la lecture.
Mais la seule personne vraiment coopérative, c'est ma petite-fille,
Nina, qui a 14 ans. Depuis qu'elle est toute petite, je lis sur son visage
et dans ses réactions l'écho de mes textes. Ses émotions
sont très constructives. Je lis également des textes aux
enfants que je rencontre, dans les classes. Quand ce sont des primaires,
ils aiment beaucoup. Je teste sur eux mes nouveaux textes.
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"J'ai
toujours adoré lire tout haut
les textes qui me plaisaient "
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Y a-t-il un livre que vous auriez voulu avoir écrit ?
Il y en a beaucoup, et ça a varié au cours de mon existence.
Ça a longtemps été Le Petit Prince ou Alice au
Pays des merveilles (ce n'est pas un hasard si ces deux livres sont
présents dans mon livre La Bibliothécaire !). Vers
12 ans, je voulais être Victor Hugo. Quelques années plus
tard, Prévert. En ce moment, je suis folle des Contes orientaux
de Marguerite Yourcenar et d'une nouvelle de Gabriel Garcia Marquez :
Un vieux monsieur avec des ailes immenses. J'aurais également
aimé écrire Les petits enfants du siècle,
de Christiane Rochefort.
Avez-vous écrit des histoires pour vos animaux ?
Savez-vous que mon nom de Gudule vient d'une histoire pour ma chatte
? À l'âge de 25 ans, j'avais une chatte grise du nom de Gudule.
J'ai toujours beaucoup parlé avec mes animaux. Ce jour-là,
je faisais ma vaisselle tout en improvisant une comptine pour Gudule,
assise à terre près de moi. Une comptine dont toutes les
rimes étaient en "ule ".
" C'est un chat noctambule
À bord d'un véhicule
Qui dans un vestibule
Chaque nuit déambule ". Etc...
La comptine fut mise en BD sous le nom de "Histoire ridicule"
et est parue en 1974 dans L'Echo des Savanes. Je l'ai signée
Gudule et, comme par magie, tout le monde s'est mis à m'appeler
comme ça, à commencer par mes amis dessinateurs et journalistes.
Depuis, j'ai gardé ce nom... qui est aussi une anagramme de mon
vrai nom.
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