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Auteur suédoise la plus exportée, Astrid Lindgren est décédée fin
du mois de janvier 2002 à l'âge de 94 ans. Son nom est moins connu
à travers le monde que celui de son héroïne aux cheveux roux, Fifi
Brindacier - en suédois : Pipi Långstrump, littéralement "longue
chaussette", allusion aux célèbres bas - un marron et un noir -
que porte la fillette.
Imaginée en 1945, cette protagoniste espiègle
et audacieuse, étrangement accoutrée et mal élevée, a créé des remous
dans l'univers bien pensant de la littérature de jeunesse. A l'encontre
des livres sérieux et moralisateurs des années cinquante, Astrid
Lindgren a eu l'audace de divulguer, comme elle dira elle-même,
des " choses qui ne sont pas à dire ". Avant-gardiste, elle rend
la parole aux enfants et milite, via ses protagonistes, contre l'impérialisme
abusif des adultes.
Loin du monde aseptisé des Martine (Marlier),
Barbies ou Petites filles modèles (Comtesse de Ségur) de la bibliothèque
rose, " la petite fille la plus forte du monde ", capable de soulever
un cheval, ne craint rien. Conjuguant les qualités des héros féminins
et masculins : elle se bat, grimpe aux arbres, coud, nettoie et
est une excellente cuisinière. Non dénuées d'humour, certaines scènes
- par exemple lorsque la gourmande engouffre des pans entiers de
gâteaux et plonge face la première dans la crème fraîche - sont
proches de l'univers burlesque de Charlie Chaplin.
Cette ouverture d'esprit, vaudra à Astrid
Lindgren d'être contestée en Suède, pays pourtant précurseur en
matière d'éducation. Sans doute, le fait que ce personnage turbulent
soit une fille n'est pas étrange à l'embarras causé. En France,
lors de la première parution, le texte est poli, défriché, adapté
pour être en accord avec les valeurs étiques et les normes en vigueur.
Toute une génération de lectrices a eu droit à un récit bridé.
C'est seulement en 1995 qu'Hachette publie
la trilogie de Fifi Brindacier en texte intégral, dans une nouvelle
traduction, fidèle à l'esprit original. Fifi revient à la fois intelligente,
libre et généreuse, enthousiaste, farfelue et terriblement attachante.
Loin de la version affadie, on se délecte de ce que Christian Mormont,
psycho-pédagogue, a nommé " le triomphe du plaisir total " où le
plaisir ne subit pas de restriction, où " la jouissance l'emporte
sur la mort ".
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