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Fifi Brindacier, une petite fille terrible ?
par Nathalie Dresse

La traduction et l'adaptation dans les livres de l'enfance et de jeunesse
Colloque international organisé le lundi 14 février 2000


Pourquoi Fifi Brindacier?


Dans le cadre d'une recherche sur la représentation des petites filles en littérature de jeunesse, je me suis naturellement intéressée à Fifi Brindacier en tant qu'héroïne majeure de la littérature de jeunesse. L'invitation à ce colloque m'a permis de creuser le sujet et d'examiner de plus près les circonstances de la naissance du personnage d'Astrid Lindgren « Pipi Longstocking » et sa parution en français sous le nom célèbre de Fifi Brindacier.

Au même titre qu'Alice (Lewis Carroll) et de Sophie (La Comtesse de Ségur), Fifi est remarquable parce qu'elle va inaugurer une représentation de petite fille qui se démarque en s'affranchissant des contraintes familiales et sociales. Fifi Brindacier est non seulement extraordinaire mais c'est aussi une fille qui donne du cran aux filles - ce qui n'était pas courant dans la production de l'époque.

Traduite dans plus de 50 langues, c'est dire le succès de Pipi Langstrump et la renommée d'Astrid Lindgren ! Actuellement, Fifi Brindacier est disponible en français dans la collection « Le livre de Poche jeunesse – cadet » chez Hachette jeunesse. L'ensemble comprend trois volumes : Fifi Brindacier, Fifi Princesse et Fifi à Couricoura. Cette publication, toute récente, puisqu'elle date de 1995, est parue à l'occasion du cinquantenaire de l'héroïne. L'éditeur souligne, en note d'introduction, la nécessité de cette traduction entièrement remodelée, qui s'est donné pour fonction de réhabiliter le texte original de l'auteur suédoise, dénaturé dans les versions françaises antérieures.

En effet, préalablement à la version actuelle, deux traductions ont vu le jour dans la collection « La Bibliothèque Rose » chez Hachette :
- Le premier volume, paru en 1951, intitulé Mademoiselle Brindacier, traduit par Marie Loewegren sera suivi en 1953 d'un second volume intitulé La princesse de Couricoura, illustré par Marianne Clouzot.
- Une deuxième version, paraît en deux volumes : Fifi Brindacier en 1962 et en 1963 , Fifi princesse, toujours signée par la même traductrice.

En me plaçant du point de vue de la réception de l'oeuvre en langue française, je me propose d'établir une comparaison de ces versions pour mettre en évidence les divergences entre les textes, aussi bien concernant des suppressions de chapitres, des ajouts textuels, que des nuances dans le vocabulaire choisi. J'évoquerais également les répercussions de ces interventions au niveau du style dans l'écriture d'Astrid Lindgren et la description physique et morale de Fifi. Les efforts qu'éditeur et traductrice vont déployer pour métamorphoser le texte d'origine afin de rendre le livre – objet culturel mais aussi commercial, ne l'oublions pas – conforme à ce que le public pouvait en attendre, n'est pas fortuit. Au-delà de ces relevés, c'est l'analyse du contexte de l'époque qu'il s'agira de mettre en évidence.

Face à un livre, et spécialement en jeunesse où les échanges internationaux sont légion, le lecteur oublie trop souvent qu'il se trouve devant une traduction. En effet, rien ne lui rappelle que le texte n'est pas d'origine. L'indication même du nom du traducteur dont le rôle est pourtant déterminant, n'est pas très visible quand elle n'est pas simplement omise.

Le cas de Fifi Brindacier est un bel exemple de ce que le passage d'une langue à une autre, et donc d'une culture à une autre, peut engendrer comme modifications entre une version originale et sa transposition française. Notre propos n'est pas de dénigrer le travail de la traductrice – dont nous ne connaissons pas le parcours - mais bien de comprendre le contexte dans lequel l'adaptation a eu lieu et ce que cela peut signifier.

Comme nous allons le voir dans l'analyse, on peut situer les versions datées de 1951 et 1962, plus du côté de l'adaptation que de la traduction. La version française privilégie le destinataire plutôt que la conservation du texte d'origine. Un travail de transformation va être opéré minutieusement, et secrètement, en amont de la publication afin de rendre le récit d'Astrid Lindgren « recevable ». Pour cela, l'histoire et la fillette doivent se plier aux exigences de bon ton d'une collection réputée, qui a la confiance de son fidèle lectorat.

Avant de passer à l'analyse des différentes versions pour mettre en évidence les parties atrophiées ou embellies du récit suédois et de son héroïne, je vous propose une brève présentation de l'auteur afin de resituer très rapidement le contexte de l'époque.


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