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Pourquoi Fifi Brindacier?
Dans le cadre d'une recherche sur la représentation des petites
filles en littérature de jeunesse, je me suis naturellement
intéressée à Fifi Brindacier en tant qu'héroïne
majeure de la littérature de jeunesse. L'invitation à
ce colloque m'a permis de creuser le sujet et d'examiner de plus
près les circonstances de la naissance du personnage d'Astrid
Lindgren « Pipi Longstocking » et sa parution en français
sous le nom célèbre de Fifi Brindacier.
Au même titre qu'Alice (Lewis Carroll) et de Sophie (La Comtesse
de Ségur), Fifi est remarquable parce qu'elle va inaugurer
une représentation de petite fille qui se démarque
en s'affranchissant des contraintes familiales et sociales. Fifi
Brindacier est non seulement extraordinaire mais c'est aussi une
fille qui donne du cran aux filles - ce qui n'était pas courant
dans la production de l'époque.
Traduite dans plus de 50 langues, c'est dire le succès de
Pipi Langstrump et la renommée d'Astrid Lindgren ! Actuellement,
Fifi Brindacier est disponible en français dans la collection
« Le livre de Poche jeunesse cadet » chez Hachette
jeunesse. L'ensemble comprend trois volumes : Fifi Brindacier, Fifi
Princesse et Fifi à Couricoura. Cette publication, toute
récente, puisqu'elle date de 1995, est parue à l'occasion
du cinquantenaire de l'héroïne. L'éditeur souligne,
en note d'introduction, la nécessité de cette traduction
entièrement remodelée, qui s'est donné pour
fonction de réhabiliter le texte original de l'auteur suédoise,
dénaturé dans les versions françaises antérieures.
En effet, préalablement à la version actuelle, deux
traductions ont vu le jour dans la collection « La Bibliothèque
Rose » chez Hachette :
- Le premier volume, paru en 1951, intitulé Mademoiselle
Brindacier, traduit par Marie Loewegren sera suivi en 1953 d'un
second volume intitulé La princesse de Couricoura,
illustré par Marianne Clouzot.
- Une deuxième version, paraît en deux volumes : Fifi
Brindacier en 1962 et en 1963 , Fifi princesse, toujours
signée par la même traductrice.
En me plaçant du point de vue de la réception de l'oeuvre
en langue française, je me propose d'établir une comparaison
de ces versions pour mettre en évidence les divergences entre
les textes, aussi bien concernant des suppressions de chapitres,
des ajouts textuels, que des nuances dans le vocabulaire choisi.
J'évoquerais également les répercussions de
ces interventions au niveau du style dans l'écriture d'Astrid
Lindgren et la description physique et morale de Fifi. Les efforts
qu'éditeur et traductrice vont déployer pour métamorphoser
le texte d'origine afin de rendre le livre objet culturel
mais aussi commercial, ne l'oublions pas conforme à
ce que le public pouvait en attendre, n'est pas fortuit. Au-delà
de ces relevés, c'est l'analyse du contexte de l'époque
qu'il s'agira de mettre en évidence.
Face à un livre, et spécialement en jeunesse où
les échanges internationaux sont légion, le lecteur
oublie trop souvent qu'il se trouve devant une traduction. En effet,
rien ne lui rappelle que le texte n'est pas d'origine. L'indication
même du nom du traducteur dont le rôle est pourtant
déterminant, n'est pas très visible quand elle n'est
pas simplement omise.
Le cas de Fifi Brindacier est un bel exemple de ce que le passage
d'une langue à une autre, et donc d'une culture à
une autre, peut engendrer comme modifications entre une version
originale et sa transposition française. Notre propos n'est
pas de dénigrer le travail de la traductrice dont
nous ne connaissons pas le parcours - mais bien de comprendre le
contexte dans lequel l'adaptation a eu lieu et ce que cela peut
signifier.
Comme nous allons le voir dans l'analyse, on peut situer les versions
datées de 1951 et 1962, plus du côté de l'adaptation
que de la traduction. La version française privilégie
le destinataire plutôt que la conservation du texte d'origine.
Un travail de transformation va être opéré minutieusement,
et secrètement, en amont de la publication afin de rendre
le récit d'Astrid Lindgren « recevable ». Pour
cela, l'histoire et la fillette doivent se plier aux exigences de
bon ton d'une collection réputée, qui a la confiance
de son fidèle lectorat.
Avant de passer à l'analyse des différentes versions
pour mettre en évidence les parties atrophiées ou
embellies du récit suédois et de son héroïne,
je vous propose une brève
présentation de l'auteur afin de resituer très
rapidement le contexte de l'époque.
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