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Geneviève Brisac au combat
propos reccueillis par Nathalie Dresse
Article paru dans Lire - novembre 2002

Geneviève Brisac
©DR

Geneviève Brisac sait ce qu'elle veut. Cet auteur pour adultes et enfants campe ses personnages dans le quotidien. Editrice à L'Ecole des loisirs, elle se bat pour imposer une littérature sans artifice qui parle d'émotion. Derniers titres parus: Monelle et les autres, Olga fait une fête.

Le plus souvent, vos personnages sont des filles. Considérez-vous qu'il existe une écriture féminine?
Historiquement, les histoires étaient écrites par des hommes. Les héros étaient masculins. Maintenant que les femmes écrivent, de nombreux points de vue restent à explorer littérairement. L'important est d'arriver à écrire d'une manière qui corresponde à sa respiration, à sa voix, à sa façon d'être. Il n'y a pas d'écriture féminine, il y a dix mille démarches de femmes. Ce que mes livres interrogent, c'est le décalage entre ce qui semble évident - que les filles jouent au foot: pourquoi pas? - et la réalité, qui coince.

"Un livre peut être très beau littérairement
même avec des mots familiers."

Quels sont les sujets qui dérangent aujourd'hui dans les romans pour enfants?
Certains parents ont peur que la langue ne soit pas assez académique. Or, les niveaux de langue s'apprennent. Un livre peut être très beau littérairement même avec des mots familiers. Ils restent également sensibles aux questions de mœurs, à cette idée que les livres peuvent rendre les gens homosexuels ou drogués... Le problème est qu'on vit dans une société hétérogène avec, d'un côté, une extrême libération des mœurs et, de l'autre, des gens qui ont toujours des valeurs très traditionnelles. C'est un facteur de tension sociale, de peur réciproque.

Les livres que vous éditez sont très ancrés dans la réalité.
Il y a dix, quinze ans, il était nécessaire de remettre le monde à l'endroit pour les enfants. La littérature était exclusivement ancrée dans l'imaginaire. Je trouvais important qu'il y ait une littérature contemporaine qui renvoie à l'expérience. En revanche, ce qui n'est pas du tout acquis, c'est que la littérature de jeunesse est une vraie littérature. Elle est considérée comme une littérature alimentaire pour les auteurs et, pour les enfants, pourvu qu'ils lisent, peu importe la qualité.

Par où passe ce combat?
Il faut que les adultes lisent. Comme il y a peu de critiques, il est très difficile de différencier ce qui n'a pas de valeur de ce qui est bon. Le succès devient synonyme de qualité.

 



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