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Beatrice
Alemagna à l'aiguille
par Nathalie Dresse - le 10/11/2002
Article publié par dans le supplément jeunesse du magazine
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© N. Dresse
Cette artiste italienne pétillante, admiratrice
notamment de l'illustratrice Kveta Pacovska, publie des albums au Seuil
(dernier paru, Gisèle de Verre) et chez Autrement (Mon
amour). Elle vit à Paris. Sautant d'une technique à
l'autre, elle aborde des sujets très divers: l'histoire d'une mère
trop pressée, la différence, la mélancolie...
Vous fabriquez des univers très différents à
chaque livre. S'agit-il d'une recherche de style ou d'expérimentation
guidée par l'instinct?
Les deux. Je n'ai aucune envie de me figer. Le fait de changer de style
rejoint finalement ma manière d'être: je suis mille personnes
différentes et j'ai mille âmes. J'aime me placer dans des
situations un peu compliquées, quand je ne peux pas tout contrôler,
tout diriger: l'effet de surprise de l'image me fascine.
D'où vient l'idée du tissu pour votre dernier livre
Mon amour?
Cela faisait longtemps que j'avais envie de travailler les matières.
J'ai réalisé des croquis pour déterminer l'ordre
des images et le rythme. Puis je suis partie avec mes tissus, mes fils,
mes boutons. J'étais loin d'avoir conscience de la difficulté:
je me piquais, je ne voyais pas le trou de l'aiguille, je perdais le fil,
je ne pouvais pas corriger. Il faut savoir que je n'avais jamais cousu
un bouton! Lorsque j'ai posé l'aiguille sous le mot «fin»,
je me suis dit: «Béatrice, c'est la dernière fois
que tu y touches!»
"L'effet
de surprise de l'image me fascine"
De l'album Après Noël émane une certaine
mélancolie...
Oui. Toute petite, l'après-Noël me désespérait
déjà. En rentrant d'Italie, j'ai été frappée
par ces sapins qui finissaient jetés comme des ordures. Ce n'est
pas un livre écolo mais une histoire sur cette mélancolie
des choses qu'on utilise, qu'on jette, qui nous transmettent des sensations.
L'image est-elle première dans vos livres?
Non, c'est le texte. Une fois que je suis entrée dans l'émotion
écrite, je peux voir les images. Certaines fois, je visualise ce
que j'écris. A d'autres moments, il faut que je trouve ce qui va
coller au texte.
Quelle est la plus grande liberté pour vous?
Parfois, je me dis qu'on ne grandit pas, qu'on ne vieillit pas mais qu'on
se fatigue. Je voudrais garder ce regard étonné, cet enthousiasme,
ces envies propres aux enfants.
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