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La
féminité
en
littérature de jeunesse
Les petites filles terribles
A côté des Sages, des Modernes et des "Tarzannes",
Pauline a été le premier gène d'une espèce qui prolifère soigneusement
au cœur de la littérature de jeunesse. Son cas est particulièrement frappant
pour le lecteur, vu la fin de l'histoire où l'héroïne périt dans les flammes.
Pour celui qui découvre Pauline aujourd'hui, son sort surprend. On est loin
de s'imaginer qu'un auteur puisse tolérer la mort d'une petite fille. La narration
est amenée en douceur et la chute est d'autant plus surprenante.
L'histoire s'ouvre sur son portrait
: elle est parée d'une robe verte froufroutante et de nœuds dans
les cheveux. Craquant des allumettes pour vaincre son ennui, elle
s'amuse, Pauline "qui bat des mains et qui saute, et danse, et rit,
tant la flamme la réjouit". Nous nous laissons séduire par cette
flamme qui l'exalte sans prêter plus d'attention qu'elle aux avertissements
parentaux relayés par les chats. Mais la flamme se déploie et dévore
la fillette : "il ne demeura que des cendres en petit tas". La punition
vient du cours des événements et apparaît d'autant plus fatale.
Epilogue cruel dont Pauline est pourtant la seule initiatrice.
Pauline apparaît comme un cas extrême, sans demi-teinte,
mais dans le contexte de l'époque, la scène finale est plausible. Une autre
héroïne, créée par un contemporain de Hoffmann (sans doute marqué par l'aventure
de Pauline), va connaître semblable fin. Cette fois, le lecteur est prévenu
dès le titre, Matilda n'est qu'une horrible petite menteuse. Un indice
sur la couverture fait également office d'avertisseur : un trognon de pomme
trône sur l'accoudoir de Matilda et nous indique qu'elle a goûté au fruit défendu.
Comme Pauline, elle joue avec des allumettes et un incendie se déclare. Matilda
crie:"Au feu" mais personne ne la croit. "Et quand sa tante rentra, tout avait
brûlé, la maison et Matilda".
Comme on le voit, l'époque admet de
causer des frayeurs aux petits enfants indociles parce que ce type
de récit rallie la cause des adultes qui y voient un moyen de remise
dans le droit chemin. Parce que cette chute nous semble cauchemardesque,
elle reste ancrée dans les esprits et devient source d'inspiration
pour des auteurs qui lui emboîtent le pas. Aujourd'hui, face à ces
révoltes enfantines, l'autorité veille et sévit encore mais n'admet
plus, même pour la pire des menteuses, une fin aussi irréversible
que la mort. D'autres héroïnes aussi effrontées que Pauline vont
naître sous des plumes acerbes qui donnent cependant au récit une
tournure profitable pour la fillette.
Actuellement, des sœurs de Pauline, toutes plus
hardies les unes que les autres, sont rangées du côté de l'audace et de la transgression
des interdits. Quelques noms illustres s'inscrivent à la suite de leur chef
de file : L'histoire de Malika et le chat borgne racontée par
Antoine Sabbagh et dessinée par Claude Lapointe, Marceline le monstre
de Mary Lystad, Léa dans Je veux un chat de Tony Ross. A travers
ces récits, des éléments distinctifs déjà pressentis par Hoffmann annoncent
l'éclosion de fillettes d'un nouvel acabit. Les comparaisons entre ces trois
"demoiselles" et Pauline font surgir des caractéristiques communes mais aussi
des variations signifiantes.
Les petites filles terribles ou les soeurs de Pauline
Les petites filles sages
Les petites filles modernes
Les tarzannes
Les petites filles terribles : Pauline,
Malika,
Marceline,
Léa
L'audace d'une féminité redessinée
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