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La
féminité
en
littérature de jeunesse
Les petites filles terribles : Malika
D'entrée de jeu, Claude Lapointe nous dresse le
portrait d'une fillette de huit ans, sale, paresseuse, insupportable qui porte
une longue veste dépareillée. Cette empêcheuse de tourner en rond nous gêne
dès la lecture du titre en adoptant une position pour la moins inhabituelle
couchée sur la page de garde. Physiquement, Malika n'a plus rien de l'élégante
Pauline. Elle ressemble plutôt à un autre personnage du recueil d'Hoffmann :
le nommé Crasse-Tignasse. Comme lui, elle est sale et sa chevelure foisonnante
est en pagaille.
Malika, nous raconte l'auteur, pénètre dans la forêt,
lieu dont l'accès lui est interdit, et y rencontre le chat borgne qui lui accorde
cinq vœux. C'est à ce moment là que s'exprime le plus clairement la mutinerie
enfantine : "Que tous mes parents si grands, si ennuyeux, que tous ces satanés
donneurs de conseils deviennent plus petits encore que mes poupées.
Plus tard, contrainte de s'enfuir à
toute allure, poursuivie par une souris géante, Malika retrouve
son village. Consécutivement aux vœux formulés, ses parents ont
disparu, les bougies ne s'allument plus... Seule, perdue, dans le
froid, affamée, elle fond en larmes et implore : "Ah ! Chat Borgne,
je te le promets, si tout pouvait redevenir comme avant, j'apprendrais
leçons et chansons, j'éplucherais, je repriserais et toujours je
sourirais.
Cette phrase nous donne la clé du récit
: tout comme Pauline, Malika s'est amusée tant et plus. Mais la
désobéissante est au bout du rouleau : elle crie au secours et quelqu'un
l'entend. Le repentir la sauve, son sort s'améliore. Tout redevient
comme avant... sauf Malika, qui sort métamorphosée de l'aventure.
Elle arbore une tenue proprette et ordonnée (ses habits miteux sont
dans la corbeille à papier) et ses cheveux sont réunis en une longue
queue de cheval. De fillette subversive, en marge de la société
(elle ne va pas à l'école et passe ses journées à rêvasser), on
passe à une jeune fille responsable, soignée et studieuse (sa poupée
est dans une boîte "à ranger au grenier"). L'indisciplinée est remise
sur le droit chemin (la cireuse efface les quelques traces de pas
boueux encore sur le sol). Elle est devenue exemplaire et rejoint
le groupe des vertueuses, tout sourire, qui épluchent et reprisent.
Par le jeu, Pauline met fin à son enfance
en se tuant elle-même et 'nul n'intervient pour rompre le processus enclenché.
L'histoire s'arrête avec la disparition de Pauline. Et nous n'avons plus qu'à
nous incliner devant le fait accompli. Pauline est restée subversive jusqu'au
bout alors que Malika sort convertie de l'aventure : De sale, elle passe à une
présentation soignée ; auparavant hors-norme, elle s'affiche désormais comme
il se doit. C'est aussi un deuil sous forme de renoncement à toute empreinte
personnelle pour se fondre dans l'histoire de la masse des femmes sous le joug
de la société.
L'initiation semble être réussie, néanmoins
c'est la société qui sort victorieuse de l'aventure et non la fillette.
En effet, c'est au processus dissimulé de maturation d'une petite
fille que nous assistons inconsciemment tout au long du récit. Le
chat borgne use d'un stratagème pour ramener l'indocile en terrain
connu et ordonné. Elle passe dans le camp des réservées sous la
pression de canons préétablis. La verve et l'audace en moins, Malika
n'est plus elle-même, elle est conforme à ce que la société reconnaît
et désigne sous le nom de Fillette.
Les petites filles terribles ou les soeurs de Pauline
Les petites filles sages
Les petites filles modernes
Les tarzannes
Les petites filles terribles : Pauline,
Malika,
Marceline,
Léa
L'audace d'une féminité redessinée
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